30/11/2017

La femme qui fuit, Anaïs Barbeau-Lavalette, Livre de Poche

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Tu as fait un trou dans ma mère et c’est moi qui le comblerai.

 

Cette phrase, comme un coup de poing, est écrite par Anaïs-Barbeau-Lavalette et s’adresse à Suzanne Meloche, la grand-mère qu’elle n’a jamais connue, à peine croisée. La première fois, Anaïs Barbeau-Lavalette était naissante ; la deuxième, la petite fille observe une femme déposer une enveloppe dans la boîte aux lettres familiale ; la troisième et dernière fois, la jeune femme se laisse entraîner par sa mère à rendre une visite impromptue à Suzanne qui les laisse entrer un peu malgré elle.

Quelle surprise, donc, d’apprendre que Suzanne Meloche a inscrit sur son testament ses enfants et petits-enfants qu’elle n’a jamais voulu connaître. Anaïs Barbeau-Lavalette se retrouve à vider la maison de cette grand-mère qu’elle n’a pas appris à aimer et c’est en tombant sur la photo d’une femme qui lui ressemble, à genoux, entourée d’un groupe de jeunes Noirs et Blancs, et portant la légende  « Freedom riders, political protest against segregation » qu’elle commence à s’interroger sur ce personnage.

A partir de cette image, l’auteure part en quête de cette femme qui a fui toute sa vie le moindre attachement et qui, pourtant, n’a jamais cessé de chercher à « faire partie » d’une communauté. En arrivant à Montréal, elle fera, entre autres, la connaissance de Claude Gauvreau (poète, dramaturge), Paul-Emile Borduas (peintre, sculpteur) et Marcel Barbeau (peintre) qu’elle épousera et avec lequel elle aura deux enfants – Mousse (la mère d’Anaïs) et François – qu’elle abandonnera. Suivront des années d’errance, de fuite, comme un mouvement implacable, une impossibilité à se fixer, à rester, à s’investir dans une relation.

Anaïs Barbeau-Lavalette dessine le portrait d’une femme étrange, filante, glissante. Une femme qui échappe sans cesse, une femme qui semble, par-dessus tout, avoir peur de se perdre. Peur de se laisser toucher, envahir. Une femme qu’on ne peut comprendre, mais qui apparaît tout en nuances, en hésitations. Qui s’empresse de partir en courant dès qu’elle fait un pas en avant vers ceux qui l’attendent, ceux qui voudraient la garder près d’eux. Comme un oiseau qui craindrait de voir se refermer sur lui une cage dorée, qu’il souhaite et fuit à tire d’aile aussi vite.

La femme qui fuit, Anaïs Barbeau-Lavalette, Livre de Poche

16:15 Écrit par Laurence - Librairie Antigone dans Livre de poche, Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature québécoise, femme, artistes, fuite |  Facebook |

11/05/2017

Imaginer la pluie, Santiago pajares, Actes Sud

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Il s’appelle Ionah, « colombe ». De colombe, il n’en a jamais vu. De pluie, non plus. Sa mère, elle, a vu l’eau tomber du ciel. Avant. Avant que tout change. Avant que le monde ne soit détruit par les hommes, assoiffés d’envies toujours inassouvies.

La mère ne lui parle pas du passé. On ne regrette pas ce qu’on ne connaît pas, dit-elle. Leur monde, aujourd’hui, c’est le désert, leur appentis, un potager, un puits et un palmier.

Alors, elle lui apprend à se battre. Pour survivre dans le désert. Pour poursuivre son chemin, après. Après elle.

Il s’appelle Ionah. Il est seul. Au milieu du désert. Il imagine la pluie. Il imagine le monde, avant. Et il se bat. Mais peut-on passer sa vie à survivre ? Peut-on passer sa vie loin de toute autre vie ? Et s’il fallait un jour tracer son propre chemin vers l’humanité ? Imaginer. Rencontrer. Réinventer.

Santiago Pajares s’inspire du Petit Prince de Saint-Exupéry pour s’interroger sur notre société et les risques que nous prenons à désirer toujours plus en oubliant l’essentiel. Mais qu’est-ce que l’essentiel ? C’est toute la réflexion de ce très beau roman.

16:33 Écrit par Laurence - Librairie Antigone dans Actes Sud, Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : désert, fable, solitude, humanité |  Facebook |

10/05/2017

Notre sélection de romans pour la fête des mères !

Nous avons fait une petite sélection de romans parus récemment et qui pourraient plaire à votre maman !

Il y en a pour tous les goûts !

Parmi ceux-ci, il y a ceux pour lesquels nous avons déjà fait un billet sur ce blog:

Pour les mamans qui aiment les romans d'amour et d'aventures !

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Dont vous pouvez trouver le commentaire de Nadège ici

 

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Un très beau roman d'une auteure que j'aime beaucoup ; je vous ai déjà présenté deux romans d'elle, dont Providence qui m'avait beaucoup émue. J'écrirai une petite note de lecture prochainement pour ce nouveau roman paru chez JCLattès en janvier.

 

Pour les mamans qui aiment les romans noirs !

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un roman noir dont nous vous conseillons la lecture ici. POUR RAPPEL, nous recevons l'auteure le mardi 30 mai à 19h30.

 

L'attente a été longue mais le voilà enfin, le nouveau roman de Fred Vargas !

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Dans les nouveautés, nous avons encore ceci :

 

Pour les mamans qui aiment voyager 

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Magique : le nouveau roman de Victoria Hislop nous entraîne en Grèce sur les traces d'un amour perdu. Richement illustré, Cartes postales de Grèce fait chatoyer les couleurs de la Méditerranée. Dans sa boîte aux lettres, Ellie trouve, semaine après semaine, des cartes postales signées d'une simple initiale : A. Ces cartes ne lui sont pourtant pas destinées. Pourquoi lui parviennent-elles ? Qui est l'expéditeur ? Mystère. Portant l'éclat du ciel grec et l'eau cristalline de la mer, ces missives sortent la jeune femme de sa morosité quotidienne.
Un jour, elles cessent cependant d'arriver. Ellie se sent délaissée, privée de cette bouffée d'oxygène qui la faisait rêver et voyager. Elle prend alors une décision : découvrir ce pays par elle-même. Le matin de son départ, Ellie reçoit un carnet par la poste. L'odyssée d'un homme, le fameux A, y est racontée. Celui-ci observe avec tendresse et générosité les Grecs, leurs coutumes, et ce qui fait le sel de leur quotidien.
Derrière ses observations et ses savoureuses anecdotes se dessine le portrait d'un homme blessé. Pourrait-il encore croire en l'amour ?

 

Pour les mamans qui aiment l'humour déjanté et un peu noir !

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Nadine Monfils est une artiste belge iconoclaste. Auteur de plus de 60 romans, elle a été l'une des premières femmes publiée à la "Série Noire". Elle a aussi écrit et réalisé un long-métrage, Madame Edouard, avec un casting prestigieux. Elle a reçu de nombreux prix dont le prix Polar au salon Polar & Co de Cognac et le prix Saint-Maur en poche, de la Griffe Noire, pour l'ensemble de son oeuvre. Après Mémé Cornemuse, héroïne récurrente dont la première aventure a connu un immense succès en librairie, Nadine invente un nouveau personnage barré, promis à de nombreuses aventures, Elvis Cadillac.

 

Pour les mamans qui aiment les animaux !

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Et si maman n'a pas encore lu le premier tome de Jules, il vient de passer en poche !

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Jules, c'est un chien pas comme les autres puisqu'il est guide pour aveugle. Une belle histoire comme sait nous les conter Didier van Cauwelaert !

 

 Pour les mamans qui n'ont pas beaucoup de temps mais qui aiment lire un peu le soir

voici deux recueils de nouvelles :

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À  la question "Êtes-vous mariée?" l'auteure du «Mec de la tombe d'à côté» clame volontiers : "Je suis entre deux mariages…" Ces «Petites histoires» pleines de malice et de dérision vous le diront, on a toujours mille et une raisons de divorcer – ou de le regretter !

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Michel Lambert nous fait pénétrer à nouveau dans l'univers chancelant des couples ou des compagnons de route improbables, des secrets douloureux à retardement, des derniers pas que promènent, au fil d'un poignant chant du cygne, ceux qui ne pourront plus jamais se retrouver comme avant, dans l'illusion ou le fantasme, soudain surpris par l'éternel lendemain et sa lumière trop forte et trop blanche.

Un auteur que j'aime beaucoup et qui est déjà venu quelques fois à la librairie: c'est ici pour les détails.

 

 Pour les mamans qui préfèrent les poches.

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Pour les mamans qui aiment les suspenses.

Eté 1989. La Corse, presqu'île de la Revellata, entre mer et montagne. Sur cette route de corniche, au-dessus d'un ravin de vingt mètres, une voiture route trop vite et bascule dans le vide. Une seule survivante : Clotilde, quinze ans. Ses parents et son frère n'ont pas eu la même chance. Eté 2016. Clotilde revient pour la première fois sur les lieux du drame, accompagnée de son mari et de sa fille adolescente.
Elle veut profiter de ces vacances pour exorciser le passé. C'est au camping dans lequel elle a vécu son dernier été avec ses parents que l'attend une lettre... de sa mère. Vivante ?

 

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Devant leur petit garçon, ils dansent sur "Mr. Bojangles" de Nina Simone. Chez eux, il n'y a de place que pour le plaisir et la fantaisie. Celle qui mène le bal, c'est la mère, feu follet imprévisible. Elle les entraîne dans un tourbillon de poésie pour que la fête continue, coûte que coûte. L'amour fou n'a jamais si bien porté son nom.

Pour les mamans qui aiment les histoires d'amour.

 

05/05/2017

Le Châle de Marie Curie, Déborah Lévy-Bertherat, Rivages.

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Déborah Levy-Bertherat nous avait charmées, il y a deux ans, avec son superbe roman Les fiancés ; elle revient aujourd’hui avec un troisième récit, intitulé Le châle de Marie Curie. Encore une fois, l’auteure aborde avec délicatesse et humanité une thématique qui, de prime abord, pourrait faire peur aux lecteurs : la maladie, en l’occurrence, le cancer du sein qui touche ses deux héroïnes, Elsa et Kahina.


La première est juive française, la seconde musulmane kabyle. Elsa a 39 ans, pas d’enfant, si ce n’est les petits êtres crayonnés qu’elle fait naître sur le papier (le dernier en date, qu’elle esquisse tout au long du roman, est un enfant-loup bondissant, prénommé Camille, fille ou garçon, elle ne sait pas encore) ; Kahina a 57 ans, douze enfants, dont seul le dernier est né au pays, un petit bout d’homme qui grandit et qu’elle sent lui échapper d’autant plus vite depuis qu’elle est partie pour se faire soigner en France.

Les deux femmes se rencontrent une nuit, dans cette chambre de l’hôpital Marie Curie où elles doivent chacune subir une opération le lendemain. Elsa n’en est pas à sa première et envisage les choses avec une relative sérénité ; Kahina est plus inquiète : on lui a dit que c’était « juste » un kyste, mais n’a-t-on pas voulu la protéger en lui cachant la vérité ? Au cours de cette nuit, Elsa et Kahina vont s’échanger des paroles, des silences, des contes et des souvenirs. Elles vont dire ou taire ce qu’elles ont de plus intime. Partager des makrouts aux dattes et du lait étoilé. Tisser un lien invisible pour affronter l’inconnu qui les attend au matin.

Si la maladie et la mort sont des sujets qui font peur, la littérature – et le roman, en particulier – est sans doute l’un des biais le plus propice pour les appréhender. Déborah Levy-Bertherat ne craint pas d’explorer l’intime et de nous inviter à plonger en nous-même accompagnés de personnages attachants, ordinaires mais singuliers, comme chacun d’entre nous. L’auteure prend garde à ne pas appesantir son récit ou à le prolonger plus que nécessaire, au contraire Le Châle de Marie Curie se lit agréablement en une soirée, porté par une écriture fluide, une mise en page aérée et l’approche tout en douceur de Déborah Lévy-Bertherat.

 

 

 

11:51 Écrit par Laurence - Librairie Antigone dans Rivages, Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maladie, cancer, rencontre |  Facebook |

27/04/2017

Le Bureau des Jardins et des Etangs, Didier Decoin

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Japon, XIIe siècle. Katsuro, pêcheur d’un modeste village, se noie dans la rivière. Pour Miyuki, sa veuve, c’est un compagnon de vie qui lui est tragiquement enlevé ; pour le village entier, c’est la menace d’un déshonneur. En effet, Katsuro était un pêcheur renommé, fournisseur de carpes d’ornement pour les étangs sacrés de la cour impériale. Son mari disparu, c’est Miyuki qui est chargée d’emmener les carpes à Heiankyo.

Courageuse, la frêle jeune femme entreprend cette longue traversée semée d’obstacles et de rencontres plus ou moins heureuses. Si les désillusions et le découragement frappent Miyuki confrontées à la violence des éléments, à l’âpreté du chemin et aux trahisons humaines, elle est également portée tout au long de son périple par l’amour qui l’a unie à Katsuro. Celui-ci lui revient en mémoire dans les gestes qu’il lui a appris pour veiller sur ses carpes, dans le souvenir de ses propres récits de voyage, des paysages qu’il lui a décrits, des auberges dont il lui a parlé, dans les réminiscences aussi du plaisir et de la complicité partagée.

Le Bureau des Jardins et des Etangs est un roman d’une sensualité envoûtante et d’une sensibilité exquise. L’écriture délicate et subtile demande à être savourée à petites doses, laissant chaque parfum, chaque arôme, chaque frôlement d’étoffe toucher vos sens et vous ravir.

Le Bureau des Jardins et des Etangs, Didier Decoin, Editions Stock

 

14:15 Écrit par Laurence - Librairie Antigone dans Romans, Stock | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman français, stock, didier decoin |  Facebook |

13/03/2017

Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger, Actes Sud, Babel.

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- (…) tu vois, je me dis que chaque fois qu’on sourit, c’est autant de gagné.

- Autant de gagné sur quoi?

-Je sais pas… Sur les jours où on ne sourit pas ?

 

Envie ou besoin de sourire, de vous laisser prendre par la main, de vous glisser dans un livre-cocon, une belle histoire aux personnages attachants ? Lisez Marie-Sabine Roger ! Par exemple, Trente-six chandelles, son dernier roman paru en poche aux éditions Actes Sud (collection Babel).

Trente-six chandelles, c’est l’âge de Mortimer, notre « héros » ; c’est aussi l’âge auquel meurent stupidement tous les hommes de la famille Decime (autrefois « Décimé », avant que les accents prémonitoires n’aient été effacés), le jour de leur anniversaire, à la 11ème heure. Mortimer est le dernier représentant de cette famille. C’est pourquoi le 15 février marquant l’avènement de ses 36 ans, ayant préalablement résilié le bail de son appartement, vendu sa voiture et vidé son frigo, il s’allonge sur son lit dans son costume de futur défunt, résigné à cet ultime rendez-vous. Évidemment, ce qui ne devait pas arriver arrive : 11h01, 15, 30… Mortimer est toujours vivant.

Pourquoi le destin ne s’est-il pas présenté ? Quelle est l’histoire de cette étrange famille ? Autour d’une bonne crêpe et d’un mauvais khawa,  entouré de ses amis Nassardine et Paquita, Mortimer remonte le fil des événements et s’interroge sur ce bonus de vie qui lui est octroyé.

14:50 Écrit par Laurence - Librairie Antigone dans Actes Sud, Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amitié, mort, famille, humour |  Facebook |

03/02/2017

Barracuda for ever, Pascal Ruter, JC Lattès et Didier Jeunesse

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A 85 ans, Napoléon Bonheur décide de demander le divorce pour cause de "renouvellement de vie". Branle-bas dans la famille qui ne comprend rien à sa décision : Joséphine accepte tant que bien mal la décision de son désormais ex-époux et retourne s'installer dans sa région natale ; son fils, avec lequel il entretient une relation très tendue est persuadé que son père déraille et envisage de le placer en maison de retraite ; sa belle-fille observe les événements avec une étonnante sérénité ; et, enfin, Léonard, dit "mon Coco", son petit-fils, oscille entre l'incompréhension, la peine pour sa grand-mère et l'admiration pour ce grand-père fantasque, ancien boxeur, Napoléon, "son empereur".

Si ce roman ne brille pas par son style, il distrait agréablement en proposant une galerie de personnages attachants que l'on porte encore en soi longtemps après sa lecture. Sous ses airs railleurs et râleurs, Napoléon est en réalité un vieux bonhomme au grand coeur.

A noter que ce roman est à la fois paru aux éditions Lattès et chez Didier Jeunesse.

 

 

16:54 Écrit par Laurence - Librairie Antigone dans Didier Jeunesse, JC Lattès, Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : humour, famille, vieillesse |  Facebook |